A la Une

Pratique


Besoin d'un médecin,
d'une pharmacie ou d'une infirmière
en pleine nuit  ou pendant un week-end ?
Retrouvez notre rubrique "Tours de garde"


Copyright


Sauf mention, tous les textes, toutes les photos et toutes les vidéos
appartiennent à MonVerrières.

Pour toute demande d'utilisation,
écrivez nous




Lundi 17 mars 2008 1 17 /03 /Mars /2008 14:23
 


A lire sur le blog de Pierre Assouline

 
 

Retour sur une petite phrase de Nicolas Sarkozy pour changer un peu. Les chroniqueurs étaient tellement pressés de débusquer un mea culpa sur une histoire de cons dans son entretien avec les lecteurs du Parisien qu’aucun n’y a vu une petite phrase non moins importante. Rien moins qu’une fausse citation. A sa décharge, il nous faut préciser que le président de la République n’est pas le premier ; à sa charge, puisqu’il a fait relire le texte de l’entretien par l’un de ses conseillers, nous nous devons de pointer sa légèreté. Car une citation hasardeuse dans la bouche du premier personnage de l’Etat a une toute autre valeur que dans celle du premier quidam venu.

Questionné sur ses déclarations à propos des religions, du pape, de la montée des fanatismes et Dieu dans tout ça, il a glissé : « Moi-même, je ne suis pas pratiquant. Mais Malraux a dit : « Le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas ». Le problème, c’est qu’il ne l’a pas dit. Pas vraiment. Ni écrit. Jamais. Ce qui n’empêche pas des gens très sûrs d’eux de resservir régulièrement la phrase à tout propos. L’antienne est devenue un lieu commun, une tarte à la crème, que dis-je, un poncif néo-malrucien du troisième type ! Impossible d’y échapper dès que le
ujet est dans l’air. On ne prête qu’aux riches et ce qu’on lui a prêté là lui ressemble bien. Bien des connaisseurs auraient juré que la phrase s’était échappée de L’Homme précaire. Il est vrai qu’il avait le goût et le sens des formules. Tant et si bien que différents intellectuels (l’universitaire américain Brian Thomson, l’essayiste André Frossard, l’homme de théâtre Guy Suarès, le père Bockel, l’écrivain Michel Cazenave…) ont témoigné avoir entendu Malraux prononcer « la » phrase devant eux, à son bureau du ministère de la Culture ou au coin du feu dans la maison de Verrières-le-Buisson, au cours d’entretiens. Avec des variantes, comme il sied à tout mot historique, « mystique » ou « spirituel » apparaissant en lieu de place de « religieux ». Ce qui est pour le moins troublant. Faudra-t-il exiger la production de bandes magnétiques afin de prouver que les malruciens n’ont pas été victimes d’hallucinations auditives tant ils se sont imprégnés de sa voix ? André Malraux eut lui-même l’occasion de démentir publiquement une fois pour toutes dans un entretien avec Pierre Desgraupes publié en 1975 dans Le Point « Je n’ai jamais dit cela, bien entendu, car je n’en sais rien. Ce que je dis est plus incertain. Je n’exclus pas la possibilité d’un évènement spirituel à l’échelle planétaire ». La formule si souvent documentée comme étant made in Malraux lui paraissait d’autant plus ridicule qu’il se savait moqué pour son emphase légendaire. « On lui a attribué beaucoup de prédictions car il faisait volontiers dans le genre prophétique » remarque son biographe Olivier Todd ; mais tout en convenant du caractère apocryphe de celle-ci, il n’en relève pas moins sous la plume ou dans la bouche de l’écrivain des visions qui se sont avérées très justes sur l’influence grandissante de l’Islam par exemple.

 

Au fond, s’il ne l’a pas écrit, il l’a peut-être dit mais il a eu bien fait d’en rejeter la paternité. Car si l’on oublie un instant la personnalité de Malraux, les roulements de tambour de la prédiction ainsi que les voix célestes qu’elle fait résonner, et que l’on cherche à comprendre la fameuse phrase pour elle-même une fois mise à plat, on comprend vite qu’ainsi formulée, elle ne veut rien dire.

 

 

Par Fabrice
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
 
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés