L'élégant documentaire de Dominique Leeb et Bernard Faroux diffusé jeudi 17 janvier sur France 5 faisait revivre l'auteur de Madame de, qui tenait salon
chaque dimanche, à Verrières-le-Buisson, dans son château près de Paris, comme une grande dame du XVIIIe siècle. Elle appartenait à une famille d'horticulteurs, et on lui avait
inculqué, dans sa jeunesse, le respect des plantes. "J'ai plus d'intérêt, au fond, dans les végétaux que dans les humains. La seule chose qui me contrarie avec les végétaux, c'est qu'on ne
peut pas les faire rire", disait-elle. On la voyait dans ce salon bleu de Verrières où elle recevait ses amis écrivains, peintres, cinéastes ou comédiens. Sa filleule se souvient qu'elle
s'habillait volontiers en harmonie avec la couleur de la pièce, grande jupe bleu de Prusse et gilet noir. Antoine de Saint-Exupéry, à 18 ans, était tombé fou amoureux d'elle, qui n'en avait que
16, et l'avait demandée en mariage. Elle avait rompu les fiançailles au bout de quelques mois, mais il n'avait jamais cessé de l'aimer. Il lui a écrit sa dernière lettre trois jours avant de
disparaître avec son avion au-dessus de la Méditerranée, en 1944.
Elle était une séductrice, mais elle était aussi mélancolique. "Quand j'étais plus jeune, j'étais très volage. J'avais de grandes passions. Souvent les gens volages ont de grandes
passions", dit-elle dans un entretien réalisé au soir de son existence. Elle avait une formule qui résume bien cette attitude : "Je t'aime pour la vie, ce soir !" Elle a eu deux
riches maris et des amants célèbres. Sur des images d'archives, on l'entend raconter tout cela d'une voix superbe, avec une pointe de drôlerie. Ainsi, à propos du début de sa liaison avec Orson
Welles : "Une rencontre des plus simples. Un déjeuner chez Maxim's. Et tout à coup, on s'est trouvés bien." Elle était une admirable conteuse.
"Louise de Vilmorin jouait Louise de Vilmorin, et c'était un spectacle inoubliable", se souvient l'écrivain Jean Chalon. C'est André Malraux qui l'avait incitée à publier son premier roman, Sainte-Unefois, chez Gallimard, en 1934. C'est le même André Malraux qui a été son dernier compagnon, à Verrières, où elle a été enterrée, comme elle le souhaitait, dans le parc de son château, près d'un banc de pierre. Dans une des plus belles séquences de ce documentaire, elle récite un poème qu'elle adorait et qu'elle attribue, sans doute à tort, à Victor Hugo.
Cela commence ainsi : "Un brave ogre des bois, natif de Moscovie, était fort amoureux d'une fée." La chute, prononcée avec toute l'ironie nécessaire, est admirable : "Vous qui cherchez à plaire, ne mangez pas l'enfant dont vous aimez la mère !"